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La diffusion web des images

 En début de semaine j’ai été interpelé par un court message sur Facebook de Guy-Michel Cogné,  le rédacteur en chef de Chasseurs d’Images et en particulier la phrase « je suis un peu énervé par ces photographes qui voudraient vendre aux journaux les images qu’ils ont dévaluées en les diffusant gratuitement sur le web ». Comme d’autres, j’y ai répondu rapidement avant que la discussion ne se perde dans les limbes de Facebook…Je voudrais ici développer un peu, en plus de lignes que ne le permet Facebook, mon expérience et ma position à ce sujet.

 

Je commence par évacuer le sujet (pour le développer une autre fois…?) de la raison pour laquelle la grande majorité des photographes cherche plus ou moins activement à montrer leurs images. Les questions ici sont plutôt les moyens de diffusion choisis (cercle amical, web, magazines et livres, expositions, …) et la gratuité ou non de ceux-ci.

Je précise aussi une fois pour toutes que je parle ici principalement d’images « nature » : paysage, faune, flore, activités sportive, dans les Alpes, de France ou du monde entier. C’est le sujet que je connais le mieux, et la situation est très différente pour le journalisme, les circuits « artistiques », les commandes de la part d’une entreprise ou d’un organisme public ou collectivité.

 Bref historique personnel…

Très tôt, dès mes débuts en photo, j’ai cherché à montrer mes images. Newsgroups fr.rec.photo.*, un premier site web photo en 1999, participation à divers forums photo (Photim, …) et/ou montagne (camptocamp, bivouak.net, …), de manière très décousue jusque fin 2003.

En 2004, j’ai décidé de devenir plus actif en particulier autour du Vercors oriental, un sujet photographique à l’époque très peu présent dans la presse, les livres…ni le web. Mon site web actuel http://www.tetras.org puis le livre « Lumières du Balcon Est » sont parus alors. D’autres livres sortiront entre 2008 et 2010. À la même période j’ai aussi l’occasion de publier de nombreux articles dans des revues (Alpes Loisirs, Montagnes Magazine, …).

Puis ma participation est devenu plus active sur les forums, en fonction des endroits où se trouvent un public intéressé par mon type d’images : Chasseur d’Images, Benelux Nature, la création de ce blog, Facebook, ….

En revanche je n’ai jamais été très attiré par les expositions : le coût, la logistique, le temps passé sur l’expo (au détriment de la réalisation de nouvelles images si jamais il fait beau) me rebutent beaucoup.

Mais en tout cas je n’ai jamais vécu comme opposé ces différents mode de diffusion. Et les éditeurs qui ont publié sur papier (livres ou revues) mes images étaient au courant que certaines se trouvaient sur mon site web, puisque c’est souvent là qu’ils les avaient repérées !

Je peux même dire que mes images les plus vendues et publiées l’ont été « en cascade », différents magazines, éditeurs, organismes, particuliers les ont acheté (droits de reproduction ou tirages) parce qu’ils les avaient vues ailleurs…Le meilleur exemple est sans doute celle-ci : prise en 2000, largement montrée sur différents forums, sur mon site web, elle a néanmoins fait une couverture de livre, une couverture d’Alpes Loisirs, été achetée en tirages par une dizaine de particuliers, régulièrement depuis 15 ans.

Le Mont Aiguille sous la neige

Entre le pas de l’Aiguille et la Tête Chevalière, un point de vue hivernal sur le Mont Aiguille… la récompense après une montée du pas de l’Aiguille dans le brouillard qui s’est dissipé seulement sur le plateau

Et il en est de même pour beaucoup d’auteurs qui auront vu une même image ou des variantes très proches achetées successivement et passer d’une double-page dans un magazine à une couverture d’un autre à un livre à une affiche d’exposition…

Des modes de diffusion concurrents ? Avec une hiérarchie ?

à mon avis, et au vu de mon expérience personnelle, il n’y a pas vraiment de concurrence. En tant que lecteur j’aurais plus tendance à acheter un livre d’un auteur dont j’ai déjà apprécié les images, dont j’en aurai vues certaines sur leur site ou des forums, que d’un inconnu. Et de toute manière, si les images d’un auteur m’intéressent, il sera plus simple d’acheter le livre que d’aller visiter successivement son site web, son blog, sa page Facebook, etc. Dans le livre, dans l’article de revue, c’est lui qui aura fait le travail de tri et d’édition, avec une cohérence éditoriale absente du web.

D’un point de vue financier, je distingue grosso-modo trois types de diffusion, et je pense que la plupart des photographes seront d’accord avec ce constat :

  • le photographe est payé ; c’est généralement le cas pour les livres, les magazines, même si les revenus espérés sont minces par rapport au temps et au coût de réalisation des images. Les tarifs de Chasseurs d’Images et Nat’Images de Guy-Michel Cogné sont parmi les plus hauts de la presse actuelle mais certains magazines vont payer 50 euros la page, et un éditeur va reverser quelque chose comme 4% du prix de vente d’un ouvrage à l’auteur…
  • le photographe paye : c’est le plus souvent le cas pour les expositions. Le photographe a souvent à sa charge la totalité ou une grosse partie du coût des tirages, du déplacement, du logement sur place, du temps passé sur les lieux, pour des revenus (sponsoring, vente de livres, cartes postales, tirages originaux) souvent minces,
  • le photographe ne dépense rien : c’est le plus souvent le cas de la diffusion sur internet.

D’un point de vue « visibilité » mon avis qui suit est subjectif et ne sera pas forcément partagé par tous :

  • le magazine (pendant quelques semaines), le livre (pendant quelques mois) seront largement visibles. Et les acheteurs pourront les garder des années ou des décennies chez eux. Le support papier est vraiment intéressant pour cela.
  • le site web a l’avantage d’offrir une diffusion très large mais avec des « spectateurs » moins impliqués (temps de vision très bref).
  • l’exposition à l’avantage d’offrir des spectateurs souvent motivés (venus exprès pour voir des images) mais l’inconvénient de l’éphémère…beaucoup d’argent et d’efforts pour montrer des images deux jours d’un festival.

Le photographe a-t-il un vrai choix ?

Mon sentiment est surtout qu’entre ces différents modes de diffusion, la plupart des photographes ne peuvent pas faire un choix. Les photographes qui arrivent à vivre principalement de leurs images dans le domaine (photo nature) réalisés selon leur propre goûts (et non pour répondre à une commande) se comptent sans doute sur les doigts de quelques mains en France. Michel Denis-Huot pour des images d’Afrique, Vincent Munier pour des images tout autour du monde, Bertrand Bodin dans les Alpes, sont quelques-uns des rares que je pourrais citer.

Le nombre de (bonnes !) images a explosé avec l’appartition du numérique voici 10-15 ans, le nombre de photographes que je peux croiser sur les sommets autour de chez moi un matin tôt est aussi sans commune mesure avec le nombre d’il y a 15 ans.

Et parallèlement à cela, le nombre de magazines a diminué, le nombre de livres vendus aussi, les prix payés par la plupart des éditeurs a fortement baissé aussi.

De fait, pour la plupart des gens, être publié régulièrement est impossible. Un article de temps en temps, oui, mais attendre qu’un magazine vous publie pour montrer des images est la meilleure garantie que personne ne les voie jamais.

 

Beaucoup de raisons à cela sans doute : les difficultés économiques (moins d’acheteurs d’images…), la facilité à faire des images (pourquoi acheter des livres quand on peut plutôt acheter une paire de chaussures et un appareil photo et faire soi-même des images), une certaine saturation (mon livre « Lumière du Balcon Est » présentait beaucoup d’images « jamais vues » en 2004, aujourd’hui beaucoup de photographes ont d’autres images superbes du Vercors oriental, et le sujet est désormais largement connu).

Sans doute les gens aussi : le fait de voir tant d’images facilement en diminue forcément la valeur marchande, et il est plus facile de cliquer sur « j’aime » que de sortir la carte bleue…il est bien connu que les amis Facebook ne font  pas les revenus des photographes ! Pas de critique là-dedans : je suis *aussi* un spectateur de forum, même si j’achète une petite dizaine livres  et une centaine de revues par an dans les thèmes « nature/photo/montagne ».

Globalement il est difficile d’espérer faire un métier ou même simplement tirer un revenu régulier d’une activité qui est un pur loisir pour beaucoup de gens : marcher en montagne, profiter des ambiances, ramener de belles images…Les photographes qui vivent de leur activité y arrivent quand leur activité présente quand même quelques contraintes (s’adapter aux demandes d’un client, photographier autre chose que « de beaux paysages », …).

Mais en tout cas les « problèmes » ci-dessous sont à mon avis une raison bien plus forte que le fait que des images soient disponibles sur un site web pour expliquer qu’elles ne soient pas achetées par un magazine. J’ai moi aussi des centaines d’images « jamais publiées » (je pense en particulier à toutes une série sur le Queyras), proposées à plusieurs éditeurs et magazines, sans succès…

Conclusion ?

Pour conclure donc…je vais continuer à diffuser des images sur mon site, sur Facebook, partout où je peux espérer trouver des gens pour les apprécier.

Mais j’ai aussi des images inédites déjà réaliser, ou des idées de sujets à réaliser, à proposer aux éditeurs pour leurs livres et magazines. Avis aux amateurs…!

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Catégories :brève de rando
  1. 13 février 2016 à 13 h 27 mi

    Mon cher Guillaume,
    Je partage complètement ton analyse.
    Il faut peut-être demander à GM.C combien il rémunère les auteurs dans son magazine.
    L’édition aujourd’hui et depuis qq temps déjà, ne marchent plus..
    A part les grosses machines comme La Martinière-Delachaux, Glenat…qq autres petits éditeurs, très frileux…
    Tu as cité mon Ami Vincent que je connais bien.
    Il y avait ( hélas! il s’est donné la mort..)Il Un talentueux photographe de nature « Christophe Sidamon-Pesson. Un très grand photographe..sincère dans son coeur..tout autant que talentueux…Combien d’articles sont paru dans CI….,,????J’avoue ne plus lire depuis bien longtemps ce magazine.

    Pourquoi GM C, ne fait-il pas un article sur les agences du type Photolia ..Qui alimente photolia peut-être des lecteurs de C I?
    Pour expliquer comment cela fonctionne…
    A quel prix cette agence achète les photos??? en droit d’auteur???

    Merci à toi, de prendre le temps de nous présenter de très belles images et de motiver ainsi ceux qui souhaitent suivre ton exemple…Pour le plaisir, pour découvrir la photo, et PARTAGER c’est aussi ma façon de travailler.
    Bon courage Guillaume en attendant de te suivre sur tes sentiers au travers de tes images.
    Bien amicalement

    • guillaumelaget
      13 février 2016 à 14 h 16 mi

      Pour ce qui est du tarif de CI et Nat’Images, autour de 2009 où j’ai eu une double-page avec 4 images en tout, c’était plus que correct par rapport à d’autres magazines, un peu moins de 200 euros la page.

      Je n’avais pas cité Christophe parce que je ne le connaissais que très très peu (quelques échanges de mails) mais c’était quelqu’un de très talentueux, avec des sujets vraiment originaux, qui voyageait beaucoup et se consacrait entièrement à la photo, et dont j’ai vu souvent des publications, dans beaucoup de magazines (y compris Nat’Images)…

  2. MisterMask
    13 février 2016 à 13 h 52 mi

    Il y a de nombreux métiers où il y a un fossé entre les demandes de l’éditeur/financeur et les moyens mis à disposition aux artistes pour répondre à ces demandes (prix d’une œuvre qui ne permet pas à l’artiste de vivre, pas de mise en avant/pub pour eux, ….) sans qu’ils ne se sentent floués.
    Et après, les acheteurs jouent les chevaliers blancs lors de reportages et interviews…

  3. 13 février 2016 à 13 h 54 mi

    Totalement en accord avec ce que tu écris, tu as parfaitement (à mon goût) résumé la tendance actuelle du monde l’image au sens large. Gardons toujours à l’esprit « le pourquoi » faisons nous de la photo et ce avant l’ère du numérique. Ton expérience du terrain, de l’édition/parution nous laisse rêveur, mais en effet qui voudrais passer autant de temps sur les sommets, au grand matin, par tous les temps, chargé comme un mule, s’il n’y avait pas ce petit quelque chose qui nous fait aimer la photo, la passion de shooter, de découvrir ces instants insolites… alors oui si parfois une récompense pécuniaire venait agrémenter ce plaisir, c’est à la fois une belle reconnaissance et permet d’investir pour d’autres shootings! Merci Guillaume pour tout ce que tu apporte à notre petit monde de passionnés.

    • guillaumelaget
      13 février 2016 à 14 h 20 mi

      Oui Nicolas, on y revient : ce type d’images revient de toute manière trop cher (en temps, en matériel photo et montagne, en déplacement) pour être véritablement rentables sauf pour les quelques-uns qui ont la compétence commerciale *en plus* de la compétence en photo pour travailler sur des commandes avec appels d’offre à des montants suffisant (plutôt des entreprises ou collectivité ou organismes, et de moins en moins nombreux, que des revues ou éditeurs).

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